MAHALIA JACKSON

Mahalia Jackson

R.I.P.  26 octobre 1911  –  27 janvier 1972

Black to the Music - Mahalia Jackson - logo header
Biographie
Black to the Music - Mahalia Jackson - A1
Une enfance à la New Orleans

Oh clap your hands, all ye people!
Shout unto the Lord with the voice of a trumpet!
Christian Standard Bible, psaume 47

Née à la New Orleans le 26 octobre 1911, Mahalia Jackson grandit dans une maison typique du sud des Etats-Unis (appelée ‘shotgun house’), dans le quartier Black Pearl.

Cet espace minuscule, abrite non seulement la petite ‘Halie’, sa mère et son frère, mais aussi des tantes et des cousins variés, au total, 13 personnes ont partagé cette maison.

Élevée par sa tante Duke après le décès de sa mère en 1917, les circonstances économiques ont forcé Mahalia à quitter l’école et à travailler à la maison lorsqu’elle était en quatrième année. Ses premières influences sont les images et les sonorités d’Uptown New Orleans: des bateaux à vapeur sur le fleuve Mississippi, des glands rôtis à Audubon Park, de nombreux brass bands, la musique rythmée de l’église et la voix bluesy de Bessie Smith émanant du tourne-disque de son cousin Fred.

Mais Mahalia trouve sa plus grande inspiration à l’église Mt. Moriah Baptist Church, où elle y chante le mercredi, le vendredi et le dimanche. Même à 12 ans, sa voix puissante est entendue jusqu’au fond de la salle.

Tu vas être célèbre dans ce monde et marcher avec les rois et les reines, déclare sa tante Bell.


Elle lui prédit un avenir illustre pour une voix qui changera le visage de la musique américaine, donnerait du pouvoir au mouvement des droits civiques et fera la renommée mondiale de Mahalia Jackson.

Black to the Music - Mahalia Jackson - A2
à Chicago

I can’t sing a song that doesn’t have a message.
If it doesn’t have the strength, it can’t lift you.
Citation Mahalia Jackson

Mahalia a 16 ans lorsqu’elle rejoint sa tante Hannah à bord de l’Illinois Central Railroad, le train reliant la New Orleans à Chicago. Comme de nombreux Afro-Américains du Sud à l’époque, elle déménage à Chicago pour de meilleures opportunités, mais elle n’y trouve que du travail de bonne, nurse, blanchisseuse, fleuriste…

Ne cessant d’élever son esprit à travers l’église et sa musique, Mahalia rejoint la Greater Salem Baptist Church et commence à tourner avec les Johnson Brothers, le premier groupe de gospel professionnel de Chicago. En tant que chanteuse de ‘fish and bread’, Mahalia se produit lors de concerts de bienfaisance dans des églises de fortune (notamment les ‘storefront churches’), des caves et d’autres lieux improvisés. Plus tard, elle vend des billets lors de ses représentations – dix cents l’entrée – et trouve du travail en chantant lors de funérailles et de fêtes religieuses. Pendant cette période, Mahalia fait le vœu de vivre une vie pure, sans divertissements profanes. Elle promet d’utiliser sa voix pour le chant spirituel, une promesse qu’elle a tenue.

Black to the Music - Mahalia Jackson - A3 - (c) Wikimedia Commons
(c) Wikimedia Commons
Graines de réussite

The secret of life, I am told, is keep on moving.
You got to have heart, you got to take hold. Keep on movin…
parole de la chanson « Keep A-Movin »

En 1937, Mahalia Jackson réalise sa première série d’enregistrements avec Decca Records. Son premier titre « God’s Gonna Separate the Wheat From the Tares », ne connaît qu’un succès commercial modéré.

Malgré les suggestions de son ‘agent’, elle refuse de faire un disque de blues, se souvenant de son engagement à ne chanter que de la musique gospel. En conséquence, elle perd son contrat avec Decca.

Mariée à son premier mari, Isaac Lanes Grey Hockenhull, Mahalia décide d’acheter une maison et d’investir dans sa propre entreprise, un institut de beauté. Des offres bien payées pour travailler dans le théâtre se sont multipliées, et bien que Ike proteste, Mahalia tient sa promesse. La musique gospel devient populaire dans les églises de Chicago et Mahalia fédère une communauté de musiciens gospel. Parmi eux, Thomas A. Dorsey (1899–1993), un talentueux compositeur et pianiste afro-américain né à Villa Ricca, près d’Atlanta. Il choisit Mahalia comme partenaire parmi tous les chanteurs de Chicago.

Black to the Music - Mahalia Jackson - A4 - Thomas Dorsey Accompanies Mahalia Jackson
Thomas A. Dorsey & Mahalia Jackson
Radios, tournées et télévisions

One of these mornings,
I’m going to lay down my cross and get me a crown…
and move on up a little higher.
paroles de la chanson « Move On Up A Lttle Higher »

En 1947 ou 1948, Mahalia Jackson enregistre le titre « Move On Up a Little Higher » pour Apollo Records et qui se vend à plus d’un million d’exemplaires aux États-Unis

Studs Terkel, animateur d’une radio blanche, aide à populariser l’enregistrement, en le jouant aux côtés des hits de Rhythm & Blues actuels. Avec son contralto fascinant, Mahalia est aussi captivante que les chanteurs de blues populaires, et le rythme rebondissant du gospel s’avère tout aussi dansant, même pour ceux qui ne vont pas à l’église.

Mahalia commence à faire de nombreuses tournées. Luttant contre le racisme et la ségrégation, en particulier dans le Sud, elle arrive à collecter, pour la cause de la communauté afro-américaine, des centaines de dollars lors d’un seul concert.

En 1950, elle est se produit au Carnegie Hall à New York, en tant que comédienne pour le First Negro Gospel Music Festival, un événement marquant de l’histoire de la musique gospel.

Black to the Music - Mahalia Jackson - A5 - Mahalia Jackson at Carnegie Hall in 1962 - (c) Jim Marshall
(c) Jim Marshall

En 1956, Mahalia Jackson signe avec Columbia Records et enregistre Bless This House, le premier de ses 30 albums pour le label, comprenant des chansons traditionnelles comme « Down By the Riverside », deux compositions de son vieil ami Thomas A. Dorsey et une version spirituelle du titre « Summertime » de George Gershwin.

L’accord de Mahalia avec sa maison de disques comprend une émission de radio nationale, The Mahalia Jackson Show, la première émission entièrement consacrée au gospel. Celle-ci suscite l’engouement des auditeurs, mais lorsque Mahalia suggère une série télévisée à CBS-TV, les dirigeants expliquent que les sponsors nationaux ne prendront pas le risque de produire une «émission de nègres», craignant que leurs ventes ne baissent sur les marchés du Sud de USA. Après vingt semaines de diffusion, CBS annule l’émission de radio faute de sponsor national.

Black to the Music - Mahalia Jackson - B8 - (c) Michael Ochs
(c) Michael Ochs
La reine du gospel

Swift to its close ebbs out life’s little day;
Earth’s joys grow dim; its glories pass away;
Change and decay in all around I see;
O Thou who changest not, abide with me.
paroles de la chanson Abide With Me

Mahalia Jackson connaît un succès populaire dès la fin des années 50, faisant le tour du monde et enregistrant plusieurs albums à succès pour la firme Columbia. Bien qu’elle ne réussit pas à convaincre une chaîne de télévision de lui accorder une émission, Mahalia apparaît souvent comme invitée dans de nombreux shows télévisés de variété «blancs», notamment ceux animés par Dinah Shore, Steve Allen et Ed Sullivan. Elle joue également lors de dizaines d’événements importants, y compris pour sa première tournée européenne et son apparition au Newport Jazz Festival de 1958, qui a produit l’album incontournable Live at Newport 1958.

Black to the Music - Mahalia Jackson - A6 - Mahalia Jackson - Live at Newport 1958

Cette même année, elle collabore avec Percy Faith, arrangeur d’orchestre, pour enregistrer le célèbre album The Power and the Glory et contribue à la suite (une forme musicale) de Duke Ellington, « Black, Brown and Beige ».

En 1960, Mahalia Jackson est une star internationale. Son style de prêche et l’engouement de la congrégation, combiné à sa voix puissante et émouvante, rend la musique gospel populaire dans le monde entier. Mais dans sa vie personnelle, le succès financier de Mahalia provoque une réaction raciste. Elle reçoit notamment de violentes menaces de la part de ses voisins qui ne veulent pas qu’une femme afro-américaine vive dans une rue calme de la banlieue de Chicago.

Après une triomphale tournée de près de deux mois en Europe et au Moyen-Orient, Mahalia est de retour au pays vers la fin du mois de mai 1961, et pose ses valises chez elle à Chicago. Pas pour longtemps car, pendant son absence, son producteur de chez Columbia, Irving Townsend, et quelques autres, se sont occupés de la préparation des séances d’enregistrements filmées qui doivent être réalisées par la chaîne TEC (Television Enterprise Corporation). La chanteuse doit enregistrer quelques quatre-vingt-cinq chansons de 3 à 4 minutes en quinze jours, réparties en une dizaine de séances, soit environ huit par jour, en commençant à 9 heures du matin pour s’achever à 5 heures de l’après-midi. Ce qui n’est pas sans l’inquiéter. Après une tournée épuisante, elle n’a que trois semaines pour se reposer et se préparer. Mais comme chacun la persuade qu’elle est capable de relever ce défi, Mahalia se laisse convaincre et signe de bonne grâce le contrat.

Presque la moitié des titres est totalement inédite, et seule une poignée d’entre eux sera enregistrée ultérieurement sur disque. Ces titres sont désormais disponibles grâce au label Frémaux.

Black to the Music - Mahalia Jackson - A7 - Complete Mahalia Jackson - Integrale vol.14 - 1961 part1
Droits civiques

Children, I’ve been buked and I’ve been scorned,
Tryin’ to make this journey all alone
Children, talk about me sure as you please
Your talk will never drive me down to my knees
paroles de la chanson « I’ve Been Buked »

La lutte de Mahalia Jackson contre le racisme l’incite à s’impliquer dès le début dans le mouvement des droits civiques. Avec le boycott des bus de Montgomery, le mouvement commence à se développer rapidement. Dès 1956, les dirigeants du Civil Rights appelle Mahalia à prêter sa voix et son soutien financier aux rassemblements, marches et manifestations.

Le révérend Ralph Abernathy, leader du boycott, l’invite à Montgomery pour chanter lors du premier anniversaire de l’acte historique de Rosa Parks. Bravant les chahuteurs, le Ku Klux Klan et la violence généralisée, Mahalia arrive en ville en train.

Elle surpasse ses craintes grâce au discours fort et inspirant de Martin Luther King Jr. qui devient son ami.

Black to the Music - Mahalia Jackson - A8 - Mahalia and MLK - Collection of the Smithsonian National Museum of African American History and Culture, Gift of Paul and Claire Blumenfeld
Mahalia Jackson and Martin Luther King Jr. - (c) Collection of the Smithsonian National Museum of African American History and Culture, by Paul and Claire Blumenfeld

Au début des années 1960, le Spiritual et le Gospel deviennent la musique emblématique du mouvement des droits civiques. Leur plus grande interprète, Mahalia Jackson, délivre aux opprimées des chants de force et de solidarité, incitant à un réel changement dans la structure sociale et politique des États-Unis.

Tout au long de cette période, Mahalia Jackson chante lors d’événements notables tels que l’inauguration et les funérailles du président John F. Kennedy. Elle chante également aux funérailles de son ami Martin Luther King Jr. en 1968 et enregistre un album de ses chansons préférées, The Best-Loved Hymns of Dr. Martin Luther King Jr.

Black to the Music - Mahalia Jackson - A9 - The Best Loved Hymns of Dr. Martin Luther King
Dernières années

One glad morning, when this life is over, I’ll fly away…
paroles de la chanson « I’ll Fly Away »

Régulièrement en tournée jusqu’à la fin de sa vie, elle visite notamment l’Afrique, les Caraïbes, le Japon et l’Inde, où elle y rencontre Indira Ghandi, qu’elle admire aussitôt. Son dernier live se déroule en Allemagne en 1971.

Peu de temps après une opération l’abdomen, elle est décède d’une insuffisance cardiaque le 27 janvier 1972, à l’âge de 60 ans. Des centaines de musiciens et de politiciens assistent aux deux funérailles de Mahalia Jackson.

Black to the Music - Mahalia Jackson - A10 - funeral services at the Arie Crown Theater at McCormick Place on Feb 1, 1972, in Chicago - (c) William Kelly - Chicago Tribun
The Rev. Jesse Jackson in front of Mahalia Jackson's coffin during funeral services for her at the Arie Crown Theater at McCormick Place on Feb 1, 1972, in Chicago - (c) William Kelly - Chicago Tribune

À Chicago, Aretha Franklin interpréte « Take My Hand, Precious Lord », et Coretta King, la femme de Martin Luther King, rend hommage à Mahalia pour avoir été «noire , fière et belle». Le deuil se poursuit lors d’un deuxième enterrement lorsque les habitants de sa ville natale, la New Orleans, se réunissent pour honorer la plus grande chanteuse de gospel de tous les temps, une femme qui a vaincu la pauvreté, le racisme et les difficultés pour gagner des admirateurs et des amis dans le monde entier.

Fidèle à l’idée que l’histoire afro-américaine est une histoire américaine, il est difficile d’imaginer la musique contemporaine sans l’influence de Mahalia Jackson. Ce point est souligné par son intronisation au Rock and Roll Music Hall of Fame à Cleveland en 1997.

Pour la petite histoire, elle n’avait jamais voulu chanter le blues, refusant même toute jeune de le faire lorsque le jazzman Earl Hines le lui avait proposé. Pourtant, quelque part, c’est ce qu’elle avait fait toute sa vie avec des paroles chrétiennes. Mahalia aurait déclaré :

Il y a du désespoir dans le blues, alors que la musique de Dieu donne de l’espoir.

sources :
Encyclopédie de la Black Music (éditions Michel Lafon, 1994)
The Mahalia Jackson Residual Family Corporation (en)
National Museum of African American History and Culture
Photos